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Histoire de la Rivière - Histoire d'un découpage : vieux de 120 ans
HISTOIRE - Le découpage proposé n'est pas nouveauLe projet de transformation de La Rivière-Saint-Louis en commune n'est pas nouveau.Pendant près d'un demi-siècle, de 1882 à 1925, la question de «l'érection de la localité de La Rivière-Saint-Louis en commune distincte» est régulièrement relancée par les Rivièrois, qui furent à deux doigts de l'obtenir. Le premier document faisant état d'une demande de transformation de La Rivière-Saint-Louis en commune apparaît, en 1882, dans une liasse de documents, constituée de pétitions adressées au gouverneur : Il s'agit en fait d'une contre-pétition d'habitants qui, faisant état d'une initiative de pétitionnaires de La Rivière, favorables à cette transformation, recommande au gouverneur de considérer comme nulle et non avenue cette première pétition. L'affaire semble mal partie. Elle augure bien d'une longue enquête qui aura duré 43 ans. Des conditions politiques favorablesCes opposants à la création de la nouvelle commune apportent leur soutien à la majorité et au conseil municipal au pouvoir et se demandent si le véritable but des pétitionnaires «dessous les apparences trompeuses d'une émancipation de La Rivière, n'a pour but, que de chercher à la confisquer à son profit». Quant à eux, ils se contenteraient de l'installation d'un adjoint spécial. La réplique ne se fait pas attendre. Dans un courrier adressé au gouverneur le 16 août 1882, les pétitionnaires favorables à la nouvelle commune, ne veulent pas de cet adjoint spécial, lequel viserait à «empêcher l'érection de cette section en commune» et adjurent l'autorité coloniale de donner une suite à leur demande. Ils seront écoutés, puisque huit mois plus tard, le 9 avril 1883, le directeur de l'Intérieur demande au maire de Saint-Louis de lui faire remonter «les renseignements nécessaires pour répondre à la demande en séparation». A Saint-Louis, la demande des habitants de La Rivière est alors examinée en même temps que celle des Avirons et de l'Etang-Salé.
C'est que le contexte est favorable aux pétitionnaires qui militent pour la création de nouvelles communes. La demande des «Rivièrois» ne paraît pas illégitime, puisque d'autres quartiers demandent et obtiendront leur transformation en commune : en "une quinzaine d'années, de 1882 à 1899, pas moins de neuf communes seront créées! (Bras-Panon, Entre-Deux, Les Avirons, L'Etang-Salé, La Possession, Le Port, Trois-Bassins, Salazie, La Plaine des Palmistes). Le 4 septembre 1883, une nouvelle pétition (384 signataires) interpelle à nouveau le gouverneur en faisant valoir, d'une part l'importance de la localité et d'autre part l'abandon de la commune l'avait laissée. Dans leur conclusion, les pétitionnaires n'hésitent pas à parier sur l'avenir de la future commune, laquelle «est appelée par la salubrité de son climat et les ressources qu'offre cette localité à devenir, avec une sage administration municipale, l'une des communes les plus importantes de la colonie». L'année suivante, le 13 mars 1884, une enquête «de commodo et incommodo» est diligentée par le gouverneur «sur la demande de séparation de La Rivière Saint-Louis» : le juge de paix ainsi qu'un conseiller municipal désigné (Alexandre Gruchet) recevront pendant trois jours consécutifs (du 16 au 18 avril) les déclarations des habitants. Saint-Louis: un endroit meurtrier Voici quelques arguments avancés par un «séparatiste », qui souligne :
1°) que la ville de Saint-Louis est trop éloignée des extrémités de la circonscription de La Rivière et du Ruisseau ; 2°) que cette ville est exposée à toutes les épidémies, et que les habitants qui y ont à faire journellement ont à craindre bien des maladies et notamment les fièvres ; 3°) que la localité de La Rivière et du Ruisseau peut se suffire à elle-même ; 4°) que le gouverneur doit faciliter l'existence aux habitants des campagnes et non les forcer à vivre dans un endroit meurtrier comme la ville de Saint-Louis·»( Stéphane L., habitant, le Ruisseau).. Cette virulence s'explique alors par l'existence des fièvres endémiques, notamment le paludisme, particulièrement présent sur la côte et les endroits marécageux où pullule l'anophèle, le moustique porteur du vecteur paludéen. Les résultats de l'enquête sont les suivants: sur les 4 359 habitants, 350 se sont prononcés, ce qui témoigne d'une certaine indifférence ou incompréhension. Toutefois les avis sont convergents : 338 suffrages favorables et seulement 12 oppositions. Une «commission syndicale », créée par le gouverneur et désignée par les habitants, 's'exprime, à l'unanimité, dans le même sens. Le conseil municipal de Saint-Louis émet, lui aussi, un avis favorable. La décision finale semble être proche. Il n'en sera rien. le directeur de l'Intérieur, dans un courrier adressé au conseil général, fait observer que «la commission syndicale. ainsi que le conseil municipal avaient étendu le projet de séparation à la localité de Cilaos". Il faut recommencer les calculs établis, notamment pour fixer le budget de la future commune La guerre des frontiéresPendant les années 80, la question semble enterrée. Elle ressurgit le 25 mars 1890, avec les propositions trés précises, expurgées de cas de Cilaos. Les frontiéres de la commune sont établies par le conducteur principale des Ponts et Chaussées, Merlo. Il est demandé au conseil municipal de statuer sur le projet (11 août 1890). A nouveau, un avis defavorable est émis, à l'unanimité, quant au principe de la "distraction de cette localité de la commune de Saint-Louis". Mais la cas de Cilaos divise toujours autant : avec la Riviére ou pas. Le nouveau découpage, sans Cilaos, est finalment accepté par 12 voix contre 7, ces derniéres restant favorables à la création d'une commune plus grande comprenant Cilaos et La Riviére. Quant aux limites de la nouvelle commune, un désaccord total émerge entre les propositions des pétitionnaires, les quels fixent la limite Sud "la ligne dite de la Palissade", alors la majorité du conseil municipal propose de faire remonter la séparation plus au nord, sur la ligne dite de «Petit de la Rondière». "La commune du Rosaire" L'enjeu est économique entre ces deux lignes de mesurage, se trouve un établissement sucrier, situé à Bois de Nèfles. Le conseil municipal, dans sa majorité, fait valoir que «cette prétention des séparatistes a surtout pour but d'englober dans leur nouvelle commune le domaine sucrier appartenant à Monsieur Larée, en vu d'augmenter le chiffre de leur population, et par suite, leurs ressources budgétaires». Les autres limites sont adoptées sans modification. Dans cette même séance, le partage «des intérêts, dettes provenant des emprunts et sur leur acquittement», l'affectation des «bâtiments et édifices municipaux», ainsi que le «classement des routes et chemins à entretenir» sont définis et adoptés à l'unanimité.
A la fin de l'année, le gouverneur se prononce, pour la création de la commune et demande que la nouvelle commune porte le nom de «commune du Rosaire» conformément au vœu de la commission syndicale et du conseil général du 9 décembre 1892): La commune du «Rosaire» est-elle créée ? C'est sans compter sur les vicissitudes de la vie politique. Une nouvelle majorité municipale s'installe à la mairie de Saint-Louis, cette fois défavorable au projet de création. Une seconde commission syndicale, est élue le 21 août 1892, qui émet un avis défavorable. Tout est à recommencer! Une nouvelle pétition est lancée le 31 octobre 1892, sans succès. Au début du nouveau siècle, un poste· d'adjoint est créé à la Rivière Saint-Louis (21 mai 1900) au ruisseau. Mais l'affaire n'est pas close. Un quart de siècle plus tard, presque jour pour jour (le 29 mai 1925), surgit une nouvelle pétition «d'un groupe d'habitants de La Rivière et de Cilaos, sollicitant «leur érection en une commune distincte ». Le directeur de l'Intérieur, Mr Repiquet, déclare irrecevable la demande «La pétition émane de 384 personnes que n'ont indiqué ni leur âge, ni leur qualité d'électeur et dont les signatures ne sont pas légalisées ou certifiées». Autre condition, encore plus dissuasive : un tiers des électeurs inscrits dans la localité doit se prononcer pour le projet de création. La commune du «Rosaire» aura vécu. On ne parlera plus de la création de commune à La Rivière-Saint-Louis jusqu'à ... de Mr Jean-Bernard Huet : historien et inspecteur de l'Education nationale Le Quotidien de la Réunion du Lundi 06 avril 2009 TRIBUNE et histoire page 16 Date de création : 07/04/2009 • 13:02 Réactions à cet article
| Thierry SOUTON
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